Lézard malade (bourré d'erreurs et de lieux communs)
Ne souhaitant pas parasiter les envies et motivations de rénovation de certains étudiants plasticiens paris-huitiens (rénovations et réflexions nécessaires de toutes façons), et mes propos n’engageant que moi (même s’ils peuvent être en partie voire en totalité partagés par d’autres) je mets ce texte ici. Je précise tout de même que j’ai délibérément usé de généralisations abusives, il y a quelques réserves à émettre quant à ce qui suit ; des gens bien vivent aujourd’hui (on les voit juste un peu moins que les autres).
Donc libre à vous de lire, commenter, critiquer, insulter, enrichir, faire circuler, dénoncer, démantibuler, compléter ou enluminer.
On a entendu beaucoup de choses ces temps-ci.
Et comme d’autres ont pu l’exprimer ces jours derniers, la précarité et les avenirs incertains font partie de nos futurs dès lors qu’on décide de suivre quelque filière artistique. Ce n’est en aucun cas un fait nouveau ; sauf en cas d’engagement monastique ou de puissant mécène protégeant ses favoris, les saltimbanques de tous bords ont toujours eu à “bouffer de la vache enragée” et se battre pour vivre/survivre.
Brûlons les illusions de gloire et de fortune, il y a une question de foi dans tout ça, mais là n’est actuellement pas le point à débattre (chacun gère son conscient et son inconscient comme il l’entend).
Les arts sont malades.
Je dis bien “les” (qu’ils soient plastiques, de spectacle vivant, audiovisuels ou de sons fixés. Certes, les quarante ou cinquante dernières années (suivant les pistes lancées au début du vingtième siècle et les possibilités que les technologies galopantes ont développées) ont largement contribué à libérer les formes, diversifier les supports, matériaux, démarches et intentions...
Mais à quel prix?
Les arts sont malades, les mentalités aussi, la religion cathodique tellement répandue que souvent on oublie de penser, de reculer et de réfléchir, de regarder vers le passé (et pas seulement trente, quarante, ou cent années), on oublie aussi souvent d’avoir de la curiosité (et on ne parle pas de la désertion des livres, ou plutôt de certain textes pourtant extrêmement nourrissants ; on préférera en effet lire un “bon Beigbeider” qu’un Daumal, un Jarry, un Dante, un Cervantès, un Cortazar, un Borges, etc... (Liste de très loin non-exhaustive.)
Anecdote numéro 1 : discussion entre deux étudiants à propos de lecture :
L’un : “Ah, tu devrais lire choisir le titre qu’il vous convient du moment que son auteur est mort.” L’autre de répondre : “Non merci. Tu comprends, pour vraiment être dans cette époque et la comprendre éventuellement, je ne lis que les vivants. Mais je lis rarement. Le trop long m’ennuie.”
Fin de l’anecdote. Absence de commentaire.
Où trouve-t-on les arts aujourd’hui? (en étant très terre à terre)
Dans les images dont on nous abreuve à longueur de journée, qu’on le veuille ou non (les affiches et autres réclames se servent amplement des héritages culturels et artistiques pour nous vendre saucisses et fringues, styles et marques, la grand-messe de la consommation a sûrement beaucoup appris des religions), dans les bandes-sons qu’on nous met dans les oreilles, qu’on le veuille ou non, etc... Mettons qu’il s’agit là d’arts appliqués à la consommation et tentons pour résumer (et faire dans la généralisation abusive donc) de mettre ça dans la catégorie “Vente et Divertissement” :
- on trouve ici les marchands de soupes (fabricants de logos et autres identités visuelles, créateurs de réclames, faiseurs et acteurs de pub licitées, leurs camarades un peu plus “artistes” (si l’on en croit les chers médias de masse) mais qui font tout autant de soupes (divertissantes mais usantes) musicales (vraiment besoin d’exemples?), filmiques (là aussi, les exemples paraissent superflus, il suffit d’ouvrir n’importe quel programme de ciné et de regarder quels films disposent du plus grand nombre de salles) ; le plus souvent en lien, bien sûr, avec les papesses “majors” qui imposent, règnent, légifèrent presque et se partagent consciencieusement les masses et les goûts “à la mode”, un client qui ne pense pas est un client heureux. (Souvenez-vous du PDG d’une grande chaîne de télévision qui plaidait la vente d’espaces de cerveaux disponibles...) Mais passons.
Une autre catégorie : celle des “Arts Contemporains” ; évidemment l’antithèse de la précédente, tant l’élite intellectuelle et artistique se complaît à quelque forme d’ouroborisme méprisant. Méprisant le public qui refuserait d’adhérer, méprisant les plèbes décérébrées qui n’entendent rien ni au grec ni à l’Art (prière de prononcer cette dernière proposition (au sens grammatical du terme) avec une patate chaude dans la bouche), méprisant donc mais roulant sur la pente du néant.
Nota Bene : on aura forgé le terme d’ouroborisme en suivant les pérégrinations d’un illustre presque pataphysicien (poète également) qui lors d’une Grande Beuverie aura croisé les ouroboristes. Des gens qui tournent en rond et se regardent le nombril en se mordant la queue (admirez comme il faut être souple pour réaliser cet exercice ; trève de plaisanteries, nommés ainsi d’après le serpent Ouroboros, dans le cas présent, et pour le substantif, il s’agirait de continuer à reproduire un même schéma, les même erreurs, sans jamais se poser la moindre question quant à l’éventualité que l’on puisse être totalement à côté de la plaque).
Notons que malheureusement, la plupart de ces ouroboristes (car ils existent) sont représentés, appréciés, financés, diffusés et applaudis par les institutions “compétentes”, qu’elles soient publiques ou privées (lieux “in/hype/tendance”, galeries, musées (ou presque), théâtres nationaux “d’avant-garde” (qui seraient plutôt à l’arrière-garde finalement (qui n’a pas vu le Pina Bausch de l’année au Théâtre de la Ville?)), j’en passe et des meilleurs ; là, la maladie devrait être flagrante ; mais des gens décérébrés. On y reviendra plus tard.
Car une troisième catégorie survit et survient quand même : les saltimbanques, les précaires, les marginaux, les gratuits ou si peu chers, les Poquelin contemporains (n’ayant pas que le seul théâtre comme support d’expression), ceux qui acceptent (non sans se rebiffer un peu tout de même) l’incertitude, la vie au-jour-le-jour et les métiers “ombrelles” pour continuer de créer en toute tranquillité. La liberté a apparemment un prix. “L’art est la respiration de l’âme” (un certain Charles disait ça) et les arts sont surtout une nécessité.
Mais alors ces arts “contemporains”, ceux-là même qui sont institutionnalisés, félicités (ceux évoqués/classés donc dans la deuxième “catégorie”), ceux qui sont exposés, montrés (et parfois en exemple), ceux qui ne parlent en aucun cas à tous (Monsieur Tout-le-monde leur tourne le dos en haussant les épaules “si je ne comprends pas, c’est normal, c’est de l’art”, n’auraient-ils pas un léger problème de lisibilité? (Tout comme leurs auteurs/facteurs, qui souvent se réfugient non sans fierté derrière des argumentaires bidons, oscillant entre l’ésotérisme de supermarché et un pseudo-intellectualisme empilant les substantifs de quatre syllabes et plus, oubliant le pourtant juste “une idée claire s’énonce clairement”, et riant joyeusement que leur art reste incompris (mais y a-t-il quelque chose à comprendre?) ; d’autres se foutront tout simplement de la gueule du monde (pour exemples, lisez les notices que l’on trouve au palais de Tokyo à côté des oeuvres, écoutez les silences à regards bovins du sieur Barney lors d’entretiens et les critiques admiratifs (“Bravo, quel homme! Renouveau du Gesamtkunstwerk avec son Cremaster Cycle”) ; Wagner, Kandinski et bien d’autres doivent se retourner dans leurs tombes... (Penser à brancher des dynamos dessus, vu le climat créatif et écologique actuel, cela pourrait être une source d’énergie totalement renouvelable))).
Ces arts ne seraient-ils donc pas malades?
Et on tente de nous les enseigner? L’ouroborisme s’alimente comme ça aussi. D’où l’avantage certain d’une formation à la carte où chacun est libre de choisir ses occupations en fonction de sa foi et de ses convictions (encore faut-il avoir été nourri correctement) ; ne pas oublier non plus qu’il n’y aura jamais ni de théorie sans pratique ni de pratique sans théorie.
Mais un dernier point sur la vérole à l’aide de l’anecdote numéro 2 :
Discours d’une jeune fille ayant eu presque brillamment sa licence d’arts plastiques (pas à Paris 8, mais là, en bon réfractaire, à la contemporanéité et apprenti atopotaphysicien tendance incontemporaine, je parle surtout des arts “contemporains”) : “Aaaaaaah Duchamp...” (presque un cri d’extase, elle continue...) “Le précurseur de l’art conceptuel, tu te rends compte?” (je n’avais pas vraiment analysé ça comme ça mais avais déjà croisé avec horreur cette idée, parfois dans la bouche de profs, critiques ou conférenciers (rayer la mention inutile le cas échéant), elle continue...) “Grâce à Duchamp, on a eu Kosuth et les autres, tu trouves pas ça génial?” (S’ensuivit une discussion de deux heures que je ne retranscrirai pas ici, heureusement arrêtée ce soir-là par le complexe de Cendrillon (changement en citrouille pour cause de transports en commun parisiens). Le débat, deux ans après, se poursuit toujours...).
Car :
1/Duchamp était un humoriste (un vrai, pas un faux comique mauvais bouffon qui confond tout et imite des débiles dans le simple but de faire rire un public ; mais faire rire d’un rire méchant... La raillerie est la méchanceté même ; alors que l’humour se moque de l’humain). Fanatique de calembours de mauvais goût et lecteur de Gaston de Pawloski (qui lui a usé de sa verve humoristique pour nous raconter en 1912 pour la première version, 1923 la deuxième, le vingtième siècle et ce qui pourrait le suivre).
2/Duchamp a développé tout un principe d’ironie d’affirmation (!) autour de et dans ses oeuvres. (Tiens, c’est marrant, ça va au delà de simples “Cinq mots en néon orange”...)
3/Duchamp jouait aux échecs. Son rire est bel et bien celui du joueur qui jubile de voir que son adversaire n’a pas vu l’arnaque se profiler, et quinze coups plus tard la reine visée tombe (et la mariée violée), le cavalier de continuer de se promener. C’est un rire intérieur ; un rire qui ne se voit pas mais qui pourtant existe.
Aaaaah l’interprétation. Le douloureux problème de l’interprétation ; l’implicite, l’explicite... On retrouve ce problème ailleurs aussi (preuve de plus que les arts (et les lettres) sont malades (fichue époque !) ; Foucault n’aurait-il pas eu quelques ennuis sur un second degré pris au premier? Et la culture qui disparait. Pas celle avec un grand C non, juste la personnelle, la générale, la particulière, celle que tout un chacun devrait pourtant porter en lui ; certes, le nouveau est attrayant, mais au détriment du reste? Le “fashion” face au dénommé “poussiéreux”? Je ris de les voir si laids en ce miroir.
Avec seulement ces quelques pistes, il est relativement aisé d’ouvrir des yeux (pour les humains deux, les poissons mutants, trois) et de voir enfin, d’encaisser, d’accepter que nos arts occidentaux, si sérieux, emphatiques, fats sont depuis un certain temps basés sur une erreur d’interprétation (oui, il y a eu des guerres et tout ça, mais bordel (!), il serait peut-être temps de passer à autre chose que ce trop sérieux hérité des judéo-chrétineries où Jahvé jamais ne rit ; regardez les Boudhas, regardez les fétiches africains et arumbayas (des tintinophiles dans la salle?)) et cette perpétuelle recherche de “nouvelles formes”, ça n’a pas un peu provoqué/créé des arts de plus en plus creux? Dénués de contenus? Vides? Pauvres? Nuls et non-avenus?
Anecdote numéro 3 (la dernière) : cours de Paris 8 (dont je tairai les références exactes) ; débat sur l’art et ce qu’il peut être aujourd’hui (entre autres autour de l’Esthétique Relationnelle) ; un élève intervint “Si aujourd’hui je décide de mettre un point noire sur une toile jaune et de dire que c’est de l’art... Et bien ça en sera ; parce que JE l’aurai décidé !”
Là faut vraiment arrêter la télé, véritable machine à décerveler (“Voyez, voyez la machin’tourner, voyez, voyez, la cervell’sauter”) ; faut aussi arrêter les mondanités, les pougnettes intellectuelles en société, les toiles avariées, les oeuvres anémiées, les démarches psychanalysées, les performances ex-nihil développées, les concepts à coups de crevettes rances capturées puis éclairées, et arrêter aussi de confondre comique, humour et foutage de gueule. Parce que le comique, bon ; ça va trente secondes, trois minutes parfois, un peu plus pour les vraiment très bonnes satires, mais on n’atteint ni l’absolu, ni le sublime. Alors qu’avec un peu d’humour dans l’art (mais certains vous en parleraient beaucoup mieux que je ne pourrais le faire, et beaucoup plus d’humour dans l’art (et son enseignement), ça serait quand même mieux), le sérieux et le snobisme aux oubliettes? Jetés, oubliés, piétinés, brûlés, noyés, mais en plus l’humour par nature (essence?) provoque cet espèce d’orgasme intellectuel absolument délicieux, totalement jubilatoire, et (cf Jean-Paul) nous amène au sublime inversé (la recherche du “beau” est aussi depuis très longtemps périmée).
L’inspiration décédée depuis longtemps, il suffit (dans le sens “c’en est assez” pas “il y a juste à”) de se bercer d’illusions prétentieuses et trompeuses, onanistes et narcissiques, temps de passer à autre chose.
“Recule encore derrière toi-même et ris.”
Donc libre à vous de lire, commenter, critiquer, insulter, enrichir, faire circuler, dénoncer, démantibuler, compléter ou enluminer.
On a entendu beaucoup de choses ces temps-ci.
Et comme d’autres ont pu l’exprimer ces jours derniers, la précarité et les avenirs incertains font partie de nos futurs dès lors qu’on décide de suivre quelque filière artistique. Ce n’est en aucun cas un fait nouveau ; sauf en cas d’engagement monastique ou de puissant mécène protégeant ses favoris, les saltimbanques de tous bords ont toujours eu à “bouffer de la vache enragée” et se battre pour vivre/survivre.
Brûlons les illusions de gloire et de fortune, il y a une question de foi dans tout ça, mais là n’est actuellement pas le point à débattre (chacun gère son conscient et son inconscient comme il l’entend).
Les arts sont malades.
Je dis bien “les” (qu’ils soient plastiques, de spectacle vivant, audiovisuels ou de sons fixés. Certes, les quarante ou cinquante dernières années (suivant les pistes lancées au début du vingtième siècle et les possibilités que les technologies galopantes ont développées) ont largement contribué à libérer les formes, diversifier les supports, matériaux, démarches et intentions...
Mais à quel prix?
Les arts sont malades, les mentalités aussi, la religion cathodique tellement répandue que souvent on oublie de penser, de reculer et de réfléchir, de regarder vers le passé (et pas seulement trente, quarante, ou cent années), on oublie aussi souvent d’avoir de la curiosité (et on ne parle pas de la désertion des livres, ou plutôt de certain textes pourtant extrêmement nourrissants ; on préférera en effet lire un “bon Beigbeider” qu’un Daumal, un Jarry, un Dante, un Cervantès, un Cortazar, un Borges, etc... (Liste de très loin non-exhaustive.)
Anecdote numéro 1 : discussion entre deux étudiants à propos de lecture :
L’un : “Ah, tu devrais lire choisir le titre qu’il vous convient du moment que son auteur est mort.” L’autre de répondre : “Non merci. Tu comprends, pour vraiment être dans cette époque et la comprendre éventuellement, je ne lis que les vivants. Mais je lis rarement. Le trop long m’ennuie.”
Fin de l’anecdote. Absence de commentaire.
Où trouve-t-on les arts aujourd’hui? (en étant très terre à terre)
Dans les images dont on nous abreuve à longueur de journée, qu’on le veuille ou non (les affiches et autres réclames se servent amplement des héritages culturels et artistiques pour nous vendre saucisses et fringues, styles et marques, la grand-messe de la consommation a sûrement beaucoup appris des religions), dans les bandes-sons qu’on nous met dans les oreilles, qu’on le veuille ou non, etc... Mettons qu’il s’agit là d’arts appliqués à la consommation et tentons pour résumer (et faire dans la généralisation abusive donc) de mettre ça dans la catégorie “Vente et Divertissement” :
- on trouve ici les marchands de soupes (fabricants de logos et autres identités visuelles, créateurs de réclames, faiseurs et acteurs de pub licitées, leurs camarades un peu plus “artistes” (si l’on en croit les chers médias de masse) mais qui font tout autant de soupes (divertissantes mais usantes) musicales (vraiment besoin d’exemples?), filmiques (là aussi, les exemples paraissent superflus, il suffit d’ouvrir n’importe quel programme de ciné et de regarder quels films disposent du plus grand nombre de salles) ; le plus souvent en lien, bien sûr, avec les papesses “majors” qui imposent, règnent, légifèrent presque et se partagent consciencieusement les masses et les goûts “à la mode”, un client qui ne pense pas est un client heureux. (Souvenez-vous du PDG d’une grande chaîne de télévision qui plaidait la vente d’espaces de cerveaux disponibles...) Mais passons.
Une autre catégorie : celle des “Arts Contemporains” ; évidemment l’antithèse de la précédente, tant l’élite intellectuelle et artistique se complaît à quelque forme d’ouroborisme méprisant. Méprisant le public qui refuserait d’adhérer, méprisant les plèbes décérébrées qui n’entendent rien ni au grec ni à l’Art (prière de prononcer cette dernière proposition (au sens grammatical du terme) avec une patate chaude dans la bouche), méprisant donc mais roulant sur la pente du néant.
Nota Bene : on aura forgé le terme d’ouroborisme en suivant les pérégrinations d’un illustre presque pataphysicien (poète également) qui lors d’une Grande Beuverie aura croisé les ouroboristes. Des gens qui tournent en rond et se regardent le nombril en se mordant la queue (admirez comme il faut être souple pour réaliser cet exercice ; trève de plaisanteries, nommés ainsi d’après le serpent Ouroboros, dans le cas présent, et pour le substantif, il s’agirait de continuer à reproduire un même schéma, les même erreurs, sans jamais se poser la moindre question quant à l’éventualité que l’on puisse être totalement à côté de la plaque).
Notons que malheureusement, la plupart de ces ouroboristes (car ils existent) sont représentés, appréciés, financés, diffusés et applaudis par les institutions “compétentes”, qu’elles soient publiques ou privées (lieux “in/hype/tendance”, galeries, musées (ou presque), théâtres nationaux “d’avant-garde” (qui seraient plutôt à l’arrière-garde finalement (qui n’a pas vu le Pina Bausch de l’année au Théâtre de la Ville?)), j’en passe et des meilleurs ; là, la maladie devrait être flagrante ; mais des gens décérébrés. On y reviendra plus tard.
Car une troisième catégorie survit et survient quand même : les saltimbanques, les précaires, les marginaux, les gratuits ou si peu chers, les Poquelin contemporains (n’ayant pas que le seul théâtre comme support d’expression), ceux qui acceptent (non sans se rebiffer un peu tout de même) l’incertitude, la vie au-jour-le-jour et les métiers “ombrelles” pour continuer de créer en toute tranquillité. La liberté a apparemment un prix. “L’art est la respiration de l’âme” (un certain Charles disait ça) et les arts sont surtout une nécessité.
Mais alors ces arts “contemporains”, ceux-là même qui sont institutionnalisés, félicités (ceux évoqués/classés donc dans la deuxième “catégorie”), ceux qui sont exposés, montrés (et parfois en exemple), ceux qui ne parlent en aucun cas à tous (Monsieur Tout-le-monde leur tourne le dos en haussant les épaules “si je ne comprends pas, c’est normal, c’est de l’art”, n’auraient-ils pas un léger problème de lisibilité? (Tout comme leurs auteurs/facteurs, qui souvent se réfugient non sans fierté derrière des argumentaires bidons, oscillant entre l’ésotérisme de supermarché et un pseudo-intellectualisme empilant les substantifs de quatre syllabes et plus, oubliant le pourtant juste “une idée claire s’énonce clairement”, et riant joyeusement que leur art reste incompris (mais y a-t-il quelque chose à comprendre?) ; d’autres se foutront tout simplement de la gueule du monde (pour exemples, lisez les notices que l’on trouve au palais de Tokyo à côté des oeuvres, écoutez les silences à regards bovins du sieur Barney lors d’entretiens et les critiques admiratifs (“Bravo, quel homme! Renouveau du Gesamtkunstwerk avec son Cremaster Cycle”) ; Wagner, Kandinski et bien d’autres doivent se retourner dans leurs tombes... (Penser à brancher des dynamos dessus, vu le climat créatif et écologique actuel, cela pourrait être une source d’énergie totalement renouvelable))).
Ces arts ne seraient-ils donc pas malades?
Et on tente de nous les enseigner? L’ouroborisme s’alimente comme ça aussi. D’où l’avantage certain d’une formation à la carte où chacun est libre de choisir ses occupations en fonction de sa foi et de ses convictions (encore faut-il avoir été nourri correctement) ; ne pas oublier non plus qu’il n’y aura jamais ni de théorie sans pratique ni de pratique sans théorie.
Mais un dernier point sur la vérole à l’aide de l’anecdote numéro 2 :
Discours d’une jeune fille ayant eu presque brillamment sa licence d’arts plastiques (pas à Paris 8, mais là, en bon réfractaire, à la contemporanéité et apprenti atopotaphysicien tendance incontemporaine, je parle surtout des arts “contemporains”) : “Aaaaaaah Duchamp...” (presque un cri d’extase, elle continue...) “Le précurseur de l’art conceptuel, tu te rends compte?” (je n’avais pas vraiment analysé ça comme ça mais avais déjà croisé avec horreur cette idée, parfois dans la bouche de profs, critiques ou conférenciers (rayer la mention inutile le cas échéant), elle continue...) “Grâce à Duchamp, on a eu Kosuth et les autres, tu trouves pas ça génial?” (S’ensuivit une discussion de deux heures que je ne retranscrirai pas ici, heureusement arrêtée ce soir-là par le complexe de Cendrillon (changement en citrouille pour cause de transports en commun parisiens). Le débat, deux ans après, se poursuit toujours...).
Car :
1/Duchamp était un humoriste (un vrai, pas un faux comique mauvais bouffon qui confond tout et imite des débiles dans le simple but de faire rire un public ; mais faire rire d’un rire méchant... La raillerie est la méchanceté même ; alors que l’humour se moque de l’humain). Fanatique de calembours de mauvais goût et lecteur de Gaston de Pawloski (qui lui a usé de sa verve humoristique pour nous raconter en 1912 pour la première version, 1923 la deuxième, le vingtième siècle et ce qui pourrait le suivre).
2/Duchamp a développé tout un principe d’ironie d’affirmation (!) autour de et dans ses oeuvres. (Tiens, c’est marrant, ça va au delà de simples “Cinq mots en néon orange”...)
3/Duchamp jouait aux échecs. Son rire est bel et bien celui du joueur qui jubile de voir que son adversaire n’a pas vu l’arnaque se profiler, et quinze coups plus tard la reine visée tombe (et la mariée violée), le cavalier de continuer de se promener. C’est un rire intérieur ; un rire qui ne se voit pas mais qui pourtant existe.
Aaaaah l’interprétation. Le douloureux problème de l’interprétation ; l’implicite, l’explicite... On retrouve ce problème ailleurs aussi (preuve de plus que les arts (et les lettres) sont malades (fichue époque !) ; Foucault n’aurait-il pas eu quelques ennuis sur un second degré pris au premier? Et la culture qui disparait. Pas celle avec un grand C non, juste la personnelle, la générale, la particulière, celle que tout un chacun devrait pourtant porter en lui ; certes, le nouveau est attrayant, mais au détriment du reste? Le “fashion” face au dénommé “poussiéreux”? Je ris de les voir si laids en ce miroir.
Avec seulement ces quelques pistes, il est relativement aisé d’ouvrir des yeux (pour les humains deux, les poissons mutants, trois) et de voir enfin, d’encaisser, d’accepter que nos arts occidentaux, si sérieux, emphatiques, fats sont depuis un certain temps basés sur une erreur d’interprétation (oui, il y a eu des guerres et tout ça, mais bordel (!), il serait peut-être temps de passer à autre chose que ce trop sérieux hérité des judéo-chrétineries où Jahvé jamais ne rit ; regardez les Boudhas, regardez les fétiches africains et arumbayas (des tintinophiles dans la salle?)) et cette perpétuelle recherche de “nouvelles formes”, ça n’a pas un peu provoqué/créé des arts de plus en plus creux? Dénués de contenus? Vides? Pauvres? Nuls et non-avenus?
Anecdote numéro 3 (la dernière) : cours de Paris 8 (dont je tairai les références exactes) ; débat sur l’art et ce qu’il peut être aujourd’hui (entre autres autour de l’Esthétique Relationnelle) ; un élève intervint “Si aujourd’hui je décide de mettre un point noire sur une toile jaune et de dire que c’est de l’art... Et bien ça en sera ; parce que JE l’aurai décidé !”
Là faut vraiment arrêter la télé, véritable machine à décerveler (“Voyez, voyez la machin’tourner, voyez, voyez, la cervell’sauter”) ; faut aussi arrêter les mondanités, les pougnettes intellectuelles en société, les toiles avariées, les oeuvres anémiées, les démarches psychanalysées, les performances ex-nihil développées, les concepts à coups de crevettes rances capturées puis éclairées, et arrêter aussi de confondre comique, humour et foutage de gueule. Parce que le comique, bon ; ça va trente secondes, trois minutes parfois, un peu plus pour les vraiment très bonnes satires, mais on n’atteint ni l’absolu, ni le sublime. Alors qu’avec un peu d’humour dans l’art (mais certains vous en parleraient beaucoup mieux que je ne pourrais le faire, et beaucoup plus d’humour dans l’art (et son enseignement), ça serait quand même mieux), le sérieux et le snobisme aux oubliettes? Jetés, oubliés, piétinés, brûlés, noyés, mais en plus l’humour par nature (essence?) provoque cet espèce d’orgasme intellectuel absolument délicieux, totalement jubilatoire, et (cf Jean-Paul) nous amène au sublime inversé (la recherche du “beau” est aussi depuis très longtemps périmée).
L’inspiration décédée depuis longtemps, il suffit (dans le sens “c’en est assez” pas “il y a juste à”) de se bercer d’illusions prétentieuses et trompeuses, onanistes et narcissiques, temps de passer à autre chose.
“Recule encore derrière toi-même et ris.”

17 Comments:
Un peu radicalement extrêmiste, mais j'aime bien ; ça rejoint un peu ce que je pensais ;)
Point positif, ce texte est vraiment énergisant, ses généralisations me poussent à réagir.
"les saltimbanques de tous bords ont toujours eu à 'bouffer de la vache enragée' et se battre pour vivre/survivre."
Il est certain qu'à l'époque où l'assurance chômage n'existait pas et où la retraite consistait à se faire héberger par ses enfants, les artistes étaient dans le même système social que tous les autres.
Aujourd'hui, après des décennies de lutte syndicale et la démocratie comme horizon indépassable, le contexte n'est PAS le même. Y compris pour les artistes. Le contexte de l'art change aussi, et oui... (pensez à : Lascaux, art africain du moyen âge, Renaissance)
(et puis, tous les artistes ne sont pas logés à la même enseigne, question précarité et durée de la vache enragé !)
“Vente et Divertissement”, “Arts Contemporains”, "les saltimbanques"
- Les 3 catégories se mélangent, et les artistes y circulent
- être dans les "saltimbanques" n'est vraiment pas un critère de qualité. Les "squarts" possèdent leurs croûtes, et en nombre.
- Être "saltimbanque" durant de nombreuse années, obligé de laisser de côté son art régulièrement pour gagner son pain ou enseigner, est plus épuisant qu'autre chose. Qui peut prétendre que l'on créé mieux dans l'adversité ? Est-ce une règle ?
- Être "Contemporain” n'implique pas d'être ni ennuyeux, ni nombriliste, ni vide de sens : je vois et j'ai vu de nombreuses choses fortes et mures dans les théatre subventionnés, les réseaux institutionnels, etc.
"Notre Histoire" fait 100.000 visiteurs : alors, cet art est-il si illisible ? Rebecca Bournigault est-elle "illisible" ? Franchement, l'argument ne tient pas.
On exigerai des artistes d'être "lisible" par tous, de parler à tous ? Allons-nous exiger la même chose du chercheur en physique quantique ? La vulgarisation scientifique, ce n'est pas de la science. La vulgarisation artistique, qui rends tout si lisible et accessible, ce n'est pas de l'art.
Et enfin, qui est ce "tous" ? Demander que l'art parle à tous, c'est en fait lui demander de ne parler à personne en particulier. Or, une œuvre parle en particulier, et jamais à un "tous" mythique.
Heureusement qu'il y a de temps à autres des "passerelles" entre les "catégories" ; sinon, j'avais annoncé, et en reste pleinement conscient, que ce texte est une colère et donc,, comme toute bonne colère totalement aveugle sur quantité de choses positives que l'on pourrait trouver actuellement. Un Oliver Leroi par exemple (car je ne connais pas la "Rebecca" et n'ai pas été convaincu par son site, mais oui, je sais, actuellement, il faut aller au-delà des simples apparences, surtout lorsqu'on en fait ses études) est absolument réjouissant par son côté 8 scarolles (les), tandis qu'un Bellmer fera fuir certains quand d'autres au contraire seront fascinés par ses hybrides totalement "unheimlich". Ce texte est sans doute l'expression d'un jeune con qui a encore beaucoup à apprendre mais refuse de comprendre certains de ses collègues qui plaident un "en arts, on a le droit/le devoir de garder un discours flou".
D'autre part, (le jeune con continue) on ne m'enlèvera pas de la tête que beaucoup se complaisent à un onanisme narcissico-intellectuel (combien de Sophie Calle et dérivés? combien d'émules parmi la jeune génération?) qui contribue et au décérébrement général et à l'aupauvrissement total.
Heureux cependant d'avoir lecteur et réaction, car les réactions étaient bien le but de base.
Merci.
1 - « Lettre ouverte » très bien, brillante, engagée mais parfois un peu obscure.
2 - Je précise ce point. La distinction, qui décidément me gène, entre humour et comique me parait discutable. La préférence marquée pour l’humour qui confinerait au sublime, à l’absolu (etc…) me semble instaurer un gouffre entre un rire vulgaire et un rire de qualité qui n’a peut être pas lieu d’être. Chacun voit midi à sa porte, et j’y vois moi une stratégie de distinction aux ficelles un peu grosses. Cet usage de catégories élevées au rang de concepts universels, qui permetttrait de se placer au dessus du commun, et, partant, de consacrer l’art que l'auteur semble aimer, est toutefois cohérent avec une conception aristocratique de l’art que, paradoxalement, je trouve tout a fait défendable. En effet, l’art, s’il a une raison d’être, doit trancher avec la grisaille environnante et être, d’une certaine manière, difficile. Je reviendrai ultérieurement sur ce point mais de manière détournée.
3 - La manière dont les différents types d’artistes, les « publicitaires/designers », les « contemporains académiques subventionnés » et les « fabricants industriels de divertissements » sont juxtaposés est très éclairante. Je trouve, cependant que l'on n’accorde pas ici assez d’importance aux prescripteurs de bon goût que sont les journalistes, les critiques, les professeurs, les marchands d’art, etc… Par ailleurs, votre problème, vous les saltimbanques, comme vous aimez à vous décrire, c’est que vous n’êtes pas encore dedans et vous oscillez entre ces différents groupes en vous demandant dans lequel vous pourriez vous intégrer, tout en espérant appartenir au groupe des « élus » (les académiques subventionnés) qui peuvent, en principe, vendre sans se vendre et bénéficier d’un statut extraordinaire tout en gardant une indépendance totale. Vous vous considérez donc comme des artistes alors que vous ne pouvez pas encore vivre de votre production (un peu à l’instar de ces premiers puritains qui se considéraient comme des saints en espérant que chacun leur reconnaîtrait cette qualité « innée » en fin de compte). Tout cela est très légitime, parfaitement en accord avec la conception moderne de l’art, mais manque un peu de pragmatisme.
4 - Enfin, dernier point. Au risque de passer pour un réactionnaire de la pire espèce, si ce n’est déjà fait, il convient selon moi de faire un sort à l’art moderne. Je ne prétends pas juger les œuvres, mais plutôt, critiquer le complexe pratiques/représentations qui le structure (en bon francais, l’art moderne comme fait social). Chaque artiste est sommé, pour prouver sa qualité, de reprendre à son compte l’histoire de l’art, la prendre à rebours et inventer une nouvelle pratique qui serait à la fois une nouvelle manière de penser l’art (qui se confond en pratique avec son histoire) et une nouvelle manière d’être artiste. Une fois l’originalité démontrée, la qualité d’artiste novateur obtenue par l’impétrant, la critique est, momentanément, impossible car déplacée : on ne critique pas ce qu’on ne connaît pas, ce qui échappe de fait et en droit aux critères anciens. Un nouveau chapitre de l’histoire de l’art s’ouvre. D’où vient cette originalité qui donne droit au statut symbolique (et parfois, matériel) d’artiste ? De la personnalité, de l’intériorité de l’artiste. Il est assez logique dans ces conditions que le « salut par l’art » apparaisse comme la seule voie possible pour nombre de jeunes qui veulent dignifier la précarité qui les guette. L’art permet en effet de concilier l’épanouissement personnel et l’obtention d’une reconnaissance sociale extraordinaire, en faisant de la passion et de la sincérité une valeur cardinale. Celui qui se veut artiste doit, dans cette logique, se mettre en avant, faire de sa personnalité, mise en scène et magnifiée dans une geste artistique, l’argument qui lui permettra de s’imposer, au détriment du savoir-faire, d’emblée réservé aux laborieux de la profession : les publicitaires/designers ou les artisans vendus à la grande industrie du divertissement. Tout n’est pas à jeter dans cette logique. J’adhère, ainsi, dans une certaine mesure à cette conception aristocratique de l’art mais je m’inquiète aussi des ravages possibles de l’illusion de se croire artiste et je déplore l’abandon de la technique (le « savoir-faire »). L’art ne devrait pas selon moi se réduire à une humeur artiste désincarnée et décontextualisée.
"un onanisme narcissico-intellectuel (combien de Sophie Calle"
J'aime beaucoup certaine œuvres de Calle. En quoi est-ce "décébré" ?? J'aimerai le savoir. Son intimité est un sujet au moins aussi intéressant qu'un paysage ou une bataille... Elle continue à sa manière la tradition littéraire féminine, qui pour différentes raisons socio-historique se porte sur le sentiment et le récit intime jusqu'à la fin du XXème. Bien sur, comme ça vient de femmes, c'est déclassé, c'est considéré comme du petit genre...
Cela dit, j'aimerai savoir, de quels ŒUVRES d'elle parle-t-on ?
Car à se focaliser sur des ARTISTES, on perpétue la mythologie romantique (raccourci, je sais), et on tourne en rond, pointant du doigt des individus - qui ne sont jamais qu'un tissu d'idéologie cristallisé.
"Un nouveau chapitre de l’histoire de l’art s’ouvre. D’où vient cette originalité qui donne droit au statut symbolique (et parfois, matériel) d’artiste ? De la personnalité, de l’intériorité de l’artiste." [OUM]
Sauf erreur de ma part, cette conception date au moins du 19eme...
Et elle commence au contraire à se voir très très lentement grignoter dès le XXeme par des pratiques comme :
Le cut-up, le ready-made, le remix, le plagiat assumé, le remake, la playlist (ici c'est plus ambiguë), le cadavre exquis, etc.
Cela dit, la cotation des œuvres s'appuie encore fortement sur le "génie" des artistes. La recherche de "l'originalité" en art résiste, même si cette originalité s'est ultra-spécialisée ("hey, tu as vu cet incroyable œuvre de net-art qui s'appuie sur les réseaux sociaux des noirs américains pour en tirer une visualisation temps réel qui se bloggue elle même, c'est une putain d'idée !")
Bien sur, comme ça vient de femmes, c'est déclassé
euh.... (oui 4 points au lieu de 3)
Loin de moi cette idée. Je resterai par exemple fan absolu des Notes de Chevet de Sei Shonagon... (3 points seulement là)
C'est peut-être moi le décérébré au fond ; mais j'en ai conscience.
Je n'entends rien à la Calle. J'abhorre son (puisqu'il faut parler d'oeuvres) No Sex Last Night (peut-être précurseur en son genre certes de certaines Real TV mais chiantissime et creux je trouve), j'exècre son jeu me regarde ; 1991 last seen ou comment prendre en photo des espaces vides (non, ne me parlez pas de boudhisme zen, Shonagon me suffit) ; 2003 Coeur de cible oui? des photos de faits divers? On a le Parisien pour ça (ouh que la mauvaise foi c'est bon parfois)... Entre les deux, on aura eu (titres oubliés, navré mais l'expo de Pompidou rendait bien compte de la présence du vide dans le désert) les filatures (le livre très drôle, avec en effet joli traitement de la douloureuse question de l'interprétation), mais installation sur la douleur et sa disparition (récits avec coutures/broderie), les in-bed with totalement anecdotiques, les chambres d'hôtel (d'autel?), la nuit blanche de Paris, où le but était de l'endormir et l'oeuvre non-finie (toujours Pompi) à base de pognon et de photos de caméras de surveillance du DAB du coin de la rue. Vous trouvez vraiment que ça méritait Beaubourg ça? (Oui, je suis extrêmiste, pessimiste, radicaliste, pompiste, mais c'est bien par envie de ne jamais devenir ouroboriste.)
Je mets de l'eau dans mon vin tout de même parfois ^^. (Enfin, pas les trop bons vins, c'est mauvais pour eux.)
Mais je le rappelle, mes propos n'engagent que moi.
Enfin, pas les trop bons vins, c'est mauvais pour eux
Il n'existe pas de trop bons vins.
les saltimbanques de tous bords ont toujours eu à “bouffer de la vache enragée” et se battre pour vivre/survivre
C'est un cliché. Il y a des époques où artiste était un métier du bâtiment comme les autres, utile, recherché et payé comme les autres. La fonction des artistes de cette époque était de donner une belle apparence à des bâtiments utilitaires comme les cathédrales. On peut dire aujourd'hui que les graphistes remplissent, sur d'autres supports, le même genre de fonction. Avec la renaissance sont apparus d'autres types d'artistes (sans que les autres ne disparaissent), des gens qui ne vendent pas que leur temps de travail et leur savoir-faire mais aussi leur talent, leur réputation, leur signature. Et c'est une économie très différente : l'artiste doit "se faire" en tant qu'artiste pour susciter une demande, c'est à lui de prouver qu'on a besoin de lui. Ces artistes là vivent rarement de leur travail avant d'avoir atteint la quarantaine, et ils subissent des aléas pénibles : spéculation, lassitude du public... Enfin il me semble que tout ça est accepté et assumé par tous. Ensuite il existe des aides, des coups de pouce habituels : postes d'enseignants, interventions, résidences, bourses, commandes publiques, etc. Et là il y a sans doute à faire pour guider les jeunes artistes dans ce dédale. Il y a sans doute aussi à faire pour rendre certaines pratiques un peu plus dignes, en généralisant les appels d'offre rémunérés ou le paiement des sommes dues par les institutions (que les centres d'art embauchent de vrais comptables serait peut-être suffisant) et autres points assez techniques de ce genre là. Enfin je n'ai rien à proposer d'ailleurs, j'ai du mal à concevoir comment arranger vraiment ce système des beaux-arts. Mais un système qui consomme du talent ne pourra jamais être égalitaire : un collectionneur n'achètera pas une oeuvre qu'il n'aime pas juste parce que l'artiste n'a pas eu de chance dans la vie...
Bon, c'étaient mes deux centimes sur la question. Bon pour le reste, le discours populiste-anti-élitiste, anti-moderne, bon bon bon... J'ai du mal à m'intéresser, on reste dans les clichés : l'art "contemporain" est très divers, le problème du public n'est pas les oeuvres (ni de savoir si les artistes en vue vont dans les cocktails), ce sont ses propres attentes. Si on veut voir un Vermeer et qu'on se retrouve devant une installation conceptuelle, on est déçu, mais tout simplement, les deux formes d'art n'ont aucun rapport, et même s'il y a une histoire de l'art, l'un n'est pas une évolution de l'autre, ce sont juste des oeuvres qui fonctionnent (ou pas) avec leur époque. L'art dit "contemporain" a quelques défauts si on le considère dans sa globalité (un certain hermétisme à des formes non "pures" d'art par ex. - quoique ça s'arrange, cf. l'intérêt actuel pour le cinéma) mais il ne faut pas essayer de reprocher ces défauts aux artistes et aux oeuvres, car ce n'est pas ça. Par exemple je connais deux artistes a priori importants (célèbres, exposés dans des lieux importants), eh bien l'un comme l'autre ne se retrouvent pas facilement dans des cocktails, et n'ont pas vraiment (ou très peu) de vie en dehors du temps qu'ils consacrent à leur pratique artistique.
Oui clichés !
Gros résumé bien abusé !
J'assume.
Mais jetez à l'occasion un oeil aux Crakers qui s'exposent/se vendent actuellement dans la mini "galerie" de paris8 ; regardez le discours qu'ils tentent de tenir ; ne seraient-ils pas l'exemple flagrant de la catégorie "décérébrés"?
Ya p-ê une histoire d'éducation à gérer aussi ; et oui, guider les jeunes parmi les dédales administratifs serait une excellemment bonne idée.
Mais jetez à l'occasion un oeil aux Crakers qui s'exposent/se vendent actuellement dans la mini "galerie" de paris8 ; regardez le discours qu'ils tentent de tenir ; ne seraient-ils pas l'exemple flagrant de la catégorie "décérébrés"?
Pas vu encore, donc je n'ai pas d'avis, mais tu ne peux pas ramener l'ensemble des pratiques de l'Art contemporain à un de ses produits, c'est aussi absurde que de dire : "la musique, c'est pourri, exemple, le disque de untel", ou "le jazz c'est fini, exemple le piano-bar de la pizzéria en face de chez moi". Dans chaque économie artistique (art contemporain, cinéma, bande dessinée, graffiti, etc.) il y a des pratiques un peu figées, des tics, des frontières, car le public qu'ont constitué ces formes de création a des habitudes difficiles à contrarier, et dans le cas spécifique de l'Art contemporain qui annonce sa totale liberté (sujets, supports, formes), c'est un peu décevant de constater, parfois, des pratiques au fond moins ouvertes que ce qui est annoncé, un politicaly correctness parfois hypocrite (car l'Art contemporain est souvent un art de classe) et des positions douteuses comme celles des centres d'art de province dont les directeurs méprisent le public non-parisien, etc., etc. Il y a à dire, il y a des problèmes, mais ce n'est pas une question d'oeuvres ou d'artistes, c'est bien plus compliqué que ça. Ou plus simple.
"des centres d'art de province dont les directeurs méprisent le public non-parisien"
Attention ! Hermétisme n'est pas mépris, bien au contraire...
L'argument du "mépris du public" est quand même une vieille barbe anti-moderne (et donc anti-contemporain aujourd'hui).
Présenter de vieilles croûtes ringarde bien figurative et bien imagées, sous prétexte que le public des régions a "envie" et "comprends" ça, c'est là le mépris.
Pousser les publics dans leurs retranchements, offrir le même niveau d'exigence partout, là est le respect des publics.
Ah là non ; pas d'accord ; c'est vous qui passez dans les généralisations abusives. Certains abstraits parlent à beaucoup (y compris les non-"initiés") et il ne faut en aucun cas revenir aux croûtes figuratives, "jolis" paysages et "pitits chats".
Mais faire des gros cacas en résine multicolore, des pastèques en bronze et les poser au milieu du Palais de Tokyo et décréter que c'est de l'art, je bloque toujours. Encore plus quand on lit les petits textes explicatifs.
Donc hermétisme snob ou foutage de gueule ouvert?
Attention ! Hermétisme n'est pas mépris, bien au contraire...
L'argument du "mépris du public" est quand même une vieille barbe anti-moderne (et donc anti-contemporain aujourd'hui).
Mais toi tu parles des oeuvres ! Les oeuvres ne méprisent pas ou ne caressent pas le public, les oeuvres se contentent d'exister. Je te parle très précisément du public. Il existe des lieux paumés de l'art contemporain dont les directeurs attendent avec impatience d'avoir un nouveau poste plus près de la capitale, qui affrètent des bus de parisiens pour leurs vernissages car c'est le seul public qu'ils veuillent vraiment, et qui tiennent en horreur l'idée d'avoir un trop grand pourcentage de gens du coin et d'élus locaux à leurs expositions, parce que ça leur semble une défaite. C'est toute l'hypocrisie du système français, faussement décentralisé, ça va bien au delà des questions esthétiques bien entendu mais c'est une réalité importante du marché de l'art. Le fait que les centres d'art soient une espèce de circuit pour un nombre réduit d'artistes, est aussi assez gènant et va dans le même sens : on parlera d'un commissaire "courageux" pour décrire celui qui ose exposer des gens qui n'ont pas encore été exposés par un de leurs collègues. Mais on regardera d'un oeil torve celui qui expose des artistes vivant dans la région du lieu d'art, parce que ça fait cheap.
Donc ce n'est pas ce qui est exposé qui pue, c'est l'attitude parisianiste, les circuits figés, le fait qu'il faille montrer patte blanche (avoir un discours politically correct, appartenir à une famille - artistes, critiques - précise, etc.).
Dans un célèbre magazine consacré à l'art que je ne citerai pas, un critique ne prendra jamais l'initiative de mentionner un artiste (pour en dire du bien comme du mal) si il n'a pas été solanellement décidé par la rédaction que l'artiste en question est mentionnable, crédible, c'est à dire, qu'on peut lui ouvrir les portes de la reconnaissance. Et pour mériter ça, l'artiste en question ne doit pas avoir un travail intéressant, mais avoir une carrière intéressante (il faut qu'il y ait un suivi, une oeuvre isolée, même formidable, ne mérite pas d'écho), qu'il soit assez crédible en tant qu'artiste pour valoriser le magazine et vice versa.
Le gros défaut du système de l'art contemporain c'est donc que ce ne sont pas les oeuvres qui comptent, mais le fait que leurs auteurs soient bien intégrés dans un certain système. Ce n'est, bien entendu, pas spécifique à l'Art contemporain, mais ça y prend parfois des tours terriblement caricaturaux.
Jean-no :
Oui je parle des oeuvres, car ce sont les premières choses auxquelles on a accès en tant que public.
Heureusement que j'ai pu croiser das mon cursus quelques auteurs moins repoussants que ce que je pourrais décrire, mais on est bien d'accord dans le fond quand même. Ya un blème quelque part, voire quelqueS partS...
Octave :
C'est comme une partition médiévale ; ya p-ê quelques trucs à décrypter, mais ça a un peu son sens quand même.
Aux deux : on continuerait par mail?
(lien disponible en haut de la page du blog il me semble...)
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